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La dépression s'installe lentement mais sûrement, elle est reconnaissable immédiatement.

Vous broyez du noir tout la journée, jusqu'à être incapable de faire quoi que ce soit, la moindre activité demande un effort surhumain - qu'on est pas toujours capable de fournir.

Rien ne vous fait du bien. Absolument rien. Votre humeur est instable, vous oscillez entre calme et crises de larmes. La journée paraît longue, terriblement longue. Vous attendez la fin de la journée avec impatience. Il vous arrive de penser au pire, de plus en plus souvent. J'ai vraiment failli sauter le pas, heureusement un petit quelque chose vous retient toujours à la vie. Je remercie ce "petit quelque chose" encore aujourd'hui. C'est véritablement épuisant.

Croire que cela va s'arranger avec le temps et qu'on va pouvoir le cacher à ses proches est un leurre : le plus souvent, ça s'aggrave, on rumine toute la journée, on s'isole. On ne voit plus devant soi, on ne cesse de penser au passé.

Personnellement c'est mon médecin traitant que j'ai été voir en premier car je ne dormais plus et je ne mangeais plus, j'étais consciente que ça ne pouvait pas durer ainsi, d'autant plus que j'avais un mémoire à rendre cette année-là. Je lui ai alors tout expliqué, des causes aux conséquences. Il m'a alors prescrit un antidépresseur (…) Je suis loin de pousser à la consommation d'antidépresseurs, cela reste un traitement sérieux, mais parfois c'est nécessaire et cela peut vous aider à vous sortir la tête de l'eau. Arrêter est possible, progressivement certes, mais définitivement aussi. N'allez pas trop sur les forums, on croise des témoignages effrayants et souvent faux, souvent loin de la réalité.

Pensez que chaque personne est différente. Après trois semaines environ, cela allait déjà mieux, j'étais plus calme, j'avais retrouvé l'appétit et le sommeil. Entre temps j'avais commencé une psychothérapie (cognitivo-comportementale). Après trois séances, cela allait déjà beaucoup mieux. J'ai eu la chance de tomber sur une psychologue très compétente, qui m'a mise en confiance directement et à qui j'ai pu tout dire, sans peur d'être jugée. Si vous n'avez pas confiance en votre psychologue, mettez-vous à la recherche de quelqu'un d'autres, les médicaments sont une aide non négligeable mais le plus gros du travail vient de vous, via la parole. Une psychothérapie peut être douloureuse, parce qu'elle fait ressortir des choses qui font parfois mal, mais c'est souvent nécessaire. Vider mon sac me faisait du bien certes, mais j'étais surtout rassurée d'être prise en charge. Les médicaments sont une béquille, qui permet de continuer une vie normale, car c'est là que demeure l'essentiel : garder contact avec ses proches, continuer à travailler (si vous en êtes capables), avoir des passions et de l'intérêt pour ce que l'on aimait auparavant, faire du sport peut également beaucoup aider. Bref, continuer à vivre, car malgré ce que l'on croyait au début, la dépression n'est jamais éternelle, les progrès se marquent en général rapidement. Bien sûr, il y a des inconvénients à la prise de médicaments : perte de libido, petites pertes de mémoire (car on est plus distrait). Concernant la libido, il faut en parler en partenaire mais dans la plupart des cas, une période d'abstinence de quelques mois n'est pas un drame, selon moi. Cela prouve au contraire la solidité d'un couple. Pendant  cette période, j'ai tenu un journal où je notais tout ce qui me venait par la tête, collé des phrases "qui font bien", noté ce qui m'avait rendue heureuse la journée.

N'hésitez jamais à parler si cela vous arrive, c'est quand on est guéri qu'on se rend compte à quel point la vie est précieuse et que mourir aurait été un gâchis.